
Le lecteur assidu que vous êtes doit se rappeler que dans un article précédent, je faisais part de mon souhait d’aller à Liverpool. Le match a eu lieu mardi. Et j’ai pu y être. Voici donc le compte rendu d’un moment inoubliable.
Rendez-vous était donné avec mon association à 22h pour un départ en bus vers la patrie des beatles. Le voyage s’annonçait long, mais il génénerait certainement moultes anecdotes.
Et la première ne tarde pas à venir. Le deuxième bus refuse catégoriquement de démarrer. Une demie heure de réparation et un changement de batterie plus tard, au moment d’enfin partir, c’est notre bus qui refuse de bouger. La malédiction du match aller ressurgissait-elle? M’était-il impossible de voir un Bordeaux-Liverpool en entier? Et nous voilà donc en train de pousser un car en plein Paris. Nous venons de faire les 20 premiers mètres. Il n’en reste donc que 813560…
Mais ceux qui suivent ne seront plus perturbés par des éléments mécaniques. A l’intérieur, l’apéro coule à flot. On fait connaissance avec ses voisins, on rigole un peu, on discute foot, on réveille ceux qui dorment…
Nous arrivons à Calais pour prendre le shuttle, bien plus rapide que le ferry, mais également bien plus ennuyeux, voyager dans un container n’ayant rien de réjouissant. On peut voir à travers les hublots le tunnel sous la manche, autrement dit : rien…
Et nous voici enfin en Angleterre, le pays qui ne fait rien comme les autres. En quelques instants nous venons de perdre une heure, notre système métrique, notre monnaie, notre sens de circulation. Il est 4 heures GMT. Il fait froid, il bruine. J’ai sommeil.
Je dors environ une demie heure avant l’arrivée à Liverpool. Nous sommes attendus au stade par un journaliste de W9 qui fait un reportage sur les supporters girondins venant de Paris. On sort du bus en passant devant la caméra, certains sont interviewés, quelques photos et nous voici repartis pour l’hotel des chauffeurs. Celui-ci étant trop loin du centre-ville, les chauffeurs nous ramènent aux abords du stade, pour quelques heures de quartier libre.
Au choix, visite de la ville, pèlerinage beatles ou pèlerinage foot. Je prends la dernière option, non pas par crétinisme mais pour des raisons pratiques, je dois rejoindre David, mon collègue venu en voiture, et Anfield Road est le point de rendez-vous. J’en profite pour visiter le Goodison Park, stade d’Everton, l’autre club de la ville, situé à moins d’un kilomètre de là. Et je suis très surpris de pouvoir rentrer dans le stade sans payer, sans barrières, en pouvant monter dans les gradins et prendre des photos. C’est quelque chose qui n’existe pas en France.
Je fais quelques courses, je mange, et c’est l’heure de rejoindre David. Les supporters venant de Bordeaux arrivent peu à peu. Un de leurs bus a été caillassé, l’ambiance est donc électrique. La plupart des pubs refusent les supporters girondins. Et à ce moment de la journée, on se demande bien comment tout cela risque de terminer, sans se douter que c’est maintenant que commence un crescendo magique…
Car nous trouvons enfin un pub acceptant les français, The Arkles. Les chants girondins y résonnent, la bière coule à flot, et j’y fais la connaissance d’un irlandais qui partage mon amour pour les anglais. Ca discute, ça rit. Nous sommes dans de bonnes dispositions pour aller prendre place dans les tribunes.
Et après un bref détour par le bus pour poser mes emplettes, me voici en route pour Anfield Road. Nous sommes encadrés par la police montée, ce qui limite l’envie de faire n’importe quoi. Nous prenons place dans un stade totalement vide, mais vraiment magnifique.

Notre tribune chante. Il y a une vraie joie d’être là, même si 20 minutes avant le coup d’envoi, les autres tribunes ne sont que peu peuplées. Mais c’est une habitude en Angleterre, on vient au stade au tout dernier moment. Et dix minutes plus tard, c’est un stade quasi-plein qui se trouve devant nous lorsque une chanson, reprise progressivement par le public, nous prouve que nous sommes enfin à liverpool :
When you walk through a storm
Hold your head up high
And don’t be afraid of the dark
At the end of the storm
There’s a golden sky
And the sweet silver song of a lark
Walk on through the wind
Walk on through the rain
Though your dreams be tossed and blown
Walk on, walk on
With hope in your heart
And you’ll never walk alone
You’ll never walk alone
Walk on, walk on
With hope in your heart
And you’ll never walk alone
You’ll ne-ever walk alone
Cette chanson me fait vraiment vibrer. Il en est de même lorsque l’hymne officiel retentit dans le stade, et que les joueurs rentrent sur le terrain. Dans le kop d’en face, un drapeau géant de liverpool fait le tour de la tribune. L’arbitre siffle, le match commence.
Je ne vous ferai pas un compte rendu du match en lui-même, s’il vous avait interessé vous l’auriez regardé. Mais j’en retiens une tribune bordelaise qui a chanté presque sans discontinuer, malgré les trois buts de Liverpool.
Et à la fin du match, les moments d’émotions intenses se multiplient. Les tribunes de Liverpool ne sont plus tournées vers le match, mais vers nous. Les anglais nous applaudissent… Et nous apprendrons un peu plus tard qu’ils ont même scandé notre nom. A notre tour, nous applaudissons de plus belle. Il règne une ambiance absolument merveilleuse, une vraie communion. Les mauvaises langues diront qu’il est plus facile de communier quand on a mis 3 buts plutôt que quand on les a pris. Mais peu importe, pour rien au monde je n’oublierai cette émotion là.
Les supporters anglais commencent à sortir, toujours en nous acclamant, nous félicitant. Les joueurs viennent nous saluer. Et en attendant de nous autoriser à sortir, le stade met une chanson, hey jude, que toute notre tribune reprend en choeur, dans un moment encore magnifique. Les stadiers nous applaudissent à leur tour, nous prennent en photo…
Nous sortons du stade, et là encore une surprise : certains supporters adverses nous attendent. Ils nous serrent la main, un ou deux nous prennent dans leur bras! Et nous en avons enfin l’explication. Ils nous félicitent d’avoir encouragé notre équipe jusqu’au bout, chanter sans discontinuer, ils ont trouvé ça magnifique. Nous savions en venant que nous allions vivre un moment unique. Mais nous le voulions tellement, que nous l’avons engendré nous-même.
La soirée qui suit au pub est très sympa. Nous pouvons parler aux anglais, chose qui paraissait difficile avant le match. Je tombe de fatigue, et le bus qui vient nous chercher à minuit peut nous ramener dans le calme, la quasi-totalité de ses occupants s’endormant en cinq minutes, pour se réveiller à Douvres.
Nous arrivons à Paris vers 14h le lendemain. Des images pleins la tête, des frissons plein le corps. Nous pensions que nous partions vivre un grand moment de foot et d’émotion. Et il a eu lieu. Il n’y avait donc qu’une seule chose que nous n’avions pas prévu : c’est que nous pouvons en être fiers.
Et pendant ce temps, mon coeur a toujours quatre R…
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Merci à Cyrille et à Nico pour les deux photos qui illustrent cet article